VICTIMES AUJOURD’HUI

La représentation de la victime civile occupe toute une partie de notre quotidien. Elle s’intègre au paysage publicitaire jusqu’à s’y fondre. Ne pas se souvenir précisément qu’on l’a vue signifie qu’elle s’est naturellement inscrite dans une vision où chaque parcelle du réel tend à être convertie en signes. Qui nous font signe, qui nous interpellent. Tout se passe comme si un grand texte défilait sous nos yeux - et nous-mêmes passons tous les jours devant lui sans le lire vraiment. Monuments et mémoriaux, affiches, clips et scoops, annonces et actualités télévisées, photographies de presse et installations d’artistes, panneaux de signalisation et expositions en plein air se succèdent, s’enchaînent, se superposent. Cela frôle parfois l’incongru. Comme si la surcharge de certaines images faisait écho à la fragilité de ce qui reste : des ruines, de la misère.

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