VICTIMES AU PASSÉ

VISIBILITÉ ET REPRÉSENTATION

La représentation des camps de concentration s’est constituée sur la base des reportages effectués lors de leur découverte par les forces alliées. Durant la débâcle des derniers mois de la guerre, ils sont devenus des mouroirs où la maladie et la malnutrition rivalisaient avec les assassinats.

Ainsi, ce sont des amoncellements de cadavres que les armées alliées ont découverts et ce sont ces charniers que les reportages ont documentés. D’un côté, on s’est retrouvé devant des spectacles insensés. De l’autre, il fallait répondre à l’impératif journalistique d’informer, et à l’impératif culturel de faire sens. Certaines photos se sont conformées à des stéréotypes déjà fortement présents dans la culture occidentale : un christ en croix, une vision infernale, un mendiant... D’autres, sidérantes et inédites, se sont constituées en stéréotypes : un corps collé aux barbelés, un bulldozer charriant des cadavres...

Naissance d’une culture ?

Ces images deviennent des modèles du genre que reproduisent nombre des photo-reporters amenés à couvrir l’actualité des guerres et des massacres, et de ce que l’on nomme bientôt des « catastrophes humanitaires ». À ce moment-là, se fixent les traits les plus représentatifs de la victime dont nous sommes contemporains. Nous partageons une nouvelle culture qui se concrétise au même rythme qu’elle se médiatise. Naissance d’une culture ! Pourtant, cette information et l’exigence de sens à laquelle elle est sommée de répondre génèrent d’importantes lacunes.

Les représentations n’ont pas permis d’établir clairement les différences entre camp de concentration et camp d’extermination. Ceux qui ont été immédiatement gazés, Juifs et Tsiganes pour la plupart, avaient conservé une apparence quasi normale. Cette apparente normalité atteste de la rapidité de leur assassinat. Les SS ne leur donnaient pas le temps de subir les dégradations dues aux conditions concentrationnaires. Ils ourdissaient même des mensonges et des mises en scène jusqu’aux portes de la chambre à gaz, de telle sorte que l’apparence vestimentaire quasi ordinaire des victimes participait de ces mensonges. Peu de documents attestent de cela.

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